poeme |
La grecque poésie orgueilleuse se vante de Joachim DU BELLAY recueil : Les Regrets La grecque poésie orgueilleuse se vante
Du los* qu'à son Homère Alexandre donna,
Et les vers que César de Virgile sonna,
La latine aujourd'hui les chante et les rechante.
La française qui n'est tant que ces deux savante,
Comme qui son Homère et son Virgile n'a,
Maintient que le laurier qui François couronna
Baste seul pour la rendre à tout jamais vivante.
Mais les vers qui l'ont mise encore en plus haut prix
Sont les vôtres, Madame, et ces divins écrits
Que mourant nous laissa la reine votre mère.
Ô poésie heureuse, et bien digne des rois,
De te pouvoir vanter des écrits navarrois,
Qui t'honorent trop plus qu'un Virgile ou Homère !
(*) louange
|
|
| Une
citation au hasard |
Il n'y a pas de poésie, si lointaine qu'on la prétende des circonstances, qui ne tienne des circonstances sa force, sa naissance et son prolongement. [Louis Aragon] |
| Un
poème au hasard |
Dies irae de René GHIL recueil : Légendes d'âmes et de sangs Un soir l'Orgue d'église aux spasmes des Violons
Montait loin sa douleur sourde en les râles longs :
Voix de genèse, Amour et Trépas, ô pleurs longs !
Un soir l'Orgue montait dans l'horreur des Violons...
Horreur ! la Terre pleure, et, grande Trisaïeule,
Par la vulve et l'ovaire aux ouvraisons de gueule
Ainsi qu'une en gésine appelle et meugle seule :
Horreur ! la Terre pleure et pousse, en sa Terreur,
Son sein de glaise rouge et l'immense dièse
De la genèse en pleurs qui la saigne et la lèse :
Horreur ! la Mère pleure et du Tout la genèse
Dans le noir a vagi le grand et premier pleur :
Horreur ! la Terre a mis au monde ; et, pris de peur,
Le noir ivre - sonnez ! - ulule à voix mauvaise :
Dans l'Inouï sonnez ! ô vous que rien n'apaise,
Sonnez, horreurs du noir et dièse vainqueur !...
Sang des dièses ! le Vague en musique ruisselle
Sourde ou mélodieuse, et pleure, universelle,
Dans le spasme ou le spleen l'angoisse de mamelle,
Quand hurle l'aise large ou meugle d'inespoir :
Sang des dièses ! le Vague, eau de voix noire et pâle,
Voix de gorge se pâme; et, hors du sexe mâle,
Le pollen doux et rauque et qui de Tout s'exhale
Hurle un péan d'amour et de mâle vouloir :
Sang des dièses ! l'Amour hurle son péan noir
Dans le noir qui - sonnez ! - ulule au large et râle :
Dans l'inouï sonnez, ô rauqueur animale,
Plaisir aigu qui pleure aux serres du pouvoir !...
Vide et Trépas ! du Tout pleure au loin la nénie :
A la Terre au sein noir l'âme du Vague unie
Doloroso s'éplore : et le pleur de la pluie,
Vide et trépas ! haut darde, et sous l'ire du nord
Troue, hélas ! de grands Trous et des mares navrées,
Des mares et des mers aux immenses marées
Montant : A Toi, Nihil ! ô vainqueur des durées,
A Toi gloire ! ô Tueur sans aise et sans remords !
Vide et Trépas ! la mer ample, en l'ire qui mord,
A des sourdeurs - sonnez ! - de gorges éplorées :
Dans l'Inouî sonnez ! ô voix enlangourées !
Ô noir primordial et soupirs sans essor !...
Oh pleurez ! longues voix, sourdes voix, voix des larmes !
Voix du monde qui saigne et qu'aux ivresses d'armes
Traverse, pâle et noir, le long peuple en alarmes
Des dièses de l'orgue et des âpres Violons !
Oh pleurez ! longues voix de la lèvre animale :
Rien ne vaut la douleur et le plaisir qui râle ;
Rien ne vaut l'orgue sourd et l'émoi qui s'exhale
Apre et rauque, et damné, des Violons noirs et longs :
Un soir l'Orgue d'église aux spasmes des Violons
Montait loin sa douleur sourde en les râles longs :
Voix de genèse, Amour et Trépas, ô pleurs longs !
Un soir l'Orgue montait dans l'horreur des Violons... |
|
|
|